Le bookface, l'une des façons de traiter le portrait, lors du projet Regards sur soi © M. Prat 

Jeunesse

Travailler d'abord, découvrir ensuite

Pour découvrir une personnalité à multiples facettes, Léa Magud, médiatrice culturelle, Abel Bourgeois, photographe, et l'équipe pédagogique du lycée Paul-Bert ont invité les élèves de troisième Prépa métiers à suivre une méthodologie inhabituelle.

Publié le

La méthodologie en question consiste à travailler d'abord, creuser un sujet selon ses propres acquis, avant de découvrir comment il a été abordé par d'autres. La thématique est celle de la connaissance de soi, du portrait. Le support : une exposition consacrée à Joséphine Baker.  "Nous voulions progresser en évitant que les élèves soient influencés par ce qu'ils auraient vu, s'ils avaient préalablement visité l'exposition", précise Vincent Simon, professeur référent de cette classe.

Soutenus par la médiatrice du Didam Léa Magud, coordinatrice du projet EAC* porté par la Ville et la Communauté d'agglomération, et le photographe Abel Bourgeois, les 24 élèves ont donc fait connaissance avec une grande artiste du vingtième siècle : Joséphine Baker. Ils l'ont abordée en cours d'histoire, à travers son action de résistante. Ils ont parlé de ses multiples facettes, ce qui leur a permis de travailler sur un autre élément du programme de troisième : "se raconter, se représenter", notamment à travers la réalisation d'un bookface. Inspirant, l'exercice leur a en outre permis de se rapprocher du livre et de la recherche documentaire. "Un projet millefeuille" tel qu'il fonctionne bien avec ces élèves qui étaient, jusqu'en début d'année, plutôt fâchés avec l'école.
"Notre objectif, en tant qu'enseignants, est aussi de leur redonner confiance en eux, en l'autre, ainsi qu'en l'adulte, puis de les orienter vers une formation professionnelle", poursuit Vincent Simon.

Du sens

La réussite de cet objectif passe par le fait de redonner du sens aux apprentissages. L'intervention de Léa, qui travaille depuis trois ans avec le lycée,  s'inscrit dans ce projet dédié à la pratique artistique, la rencontre avec l'artiste et les œuvres, ainsi que la fréquentation d'un lieu culturel. "Il se déroule sur plusieurs mois, commente Léa. J'ai proposé une idée comme point de départ, que nous avons affinée avec l'équipe, puis je suis intervenue auprès des élèves avant qu'ils ne découvrent leurs propres œuvres dans l'espace d'exposition, le mois prochain. C'est un projet de médiation culturelle qui va bien au-delà de la simple visite guidée."

Le portrait

L'avantage de Joséphine Baker est qu'elle est justement dotés de divers talents et qualités : engagée, courageuse, généreuse, mais aussi audacieuse et extravagante... Chacun élève a ainsi pu se questionner sur la complexité d'une personnalité, en développant de la tolérance, tout en se prenant au jeu de "l'auto-qualification".

En plus du Bookface, qui a donné lieu à des recherches documentaires, un deuxième volet artistique leur était proposé : un portrait photo réalisé à la chambre par Abel Bourgeois. Puis un troisième : le portrait destructuré. "Ce qui est incroyable, explique Vincent Simon, c'est que leurs choix, en termes d'images et de description étaient vraiment pertinents." Ce professeur se réjouit des résultats observés, de la transformation déjà tangible.
Les classes de troisième Prépa métiers existent depuis vingt ans et font des émules dans l'académie. Celle du lycée Paul-Bert est la première à avoir vu le jour. Elle flirte chaque année avec les 100 % de réussites. Décriée à ses débuts, cette éducation en mode "projets" est aujourd'hui victime de son succès.

*EAC : Éducation artistique et culturelle

Les portraits réalisés dans le cadre du projet "Regards sur soi" seront présentés au Didam en avril, sur un mur dédié, aux côtés des photos de Joséphine Baker.