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    La discrimination linguistique, une pratique très française

    Carte des langues dites régionales
    © DR

    La Communauté d’agglomération Pays Basque organise un cycle de conférences du sociolinguiste Philippe Blanchet sur la glottophobie, ou discrimination linguistique appliquée à la sociologie. Il interviendra le 15 novembre à 20h30 à la Maison des associations.

    Rencontre

    Pourriez-vous définir le terme de glottophobie par rapport à celui de discrimination par la langue ?
    Philippe Blanchet : en créant ce terme de glottophobie, assez facile à comprendre, phobie signifiant rejet et glotto venant du grec langue, l'idée a été de déplacer le problème du champ linguistique à celui du socio-linguistique. Car, cette discrimination ne concerne pas simplement la langue, mais d'abord et surtout des individus, victimes de discriminations parce qu'ils ont un accent - rural, méridional, populaire, parce qu'ils ne parlent pas le français normalisé ou qu'ils parlent une autre langue, alors que c'est un droit fondamental.

    Vos recherches révèlent que la France est un cas d'école en matière de discrimination linguistique. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
    P. Blanchet : selon les sociétés, les droits linguistiques des personnes et des groupes sont plus ou moins respectés. La France les nie au nom d'une unité nationale, qui s'est réalisée autour d'une seule langue, le français. L'obligation de parler français est au cœur de l'idéologie nationale française, au point que la plupart d'entre nous trouve normal d'avoir dû abandonner la langue que parlaient leurs grands-parents. On en a fait une croyance, selon laquelle on n'arriverait à rien de bon sans parler un français dit correct. Pour arriver à cela, les personnes au pouvoir ont mis en place des dispositions réglementaires et législatives importantes. Par exemple, si vous épousez une personne originaire d'un pays à visa, elle devra suivre une formation en français et passer un test de compétences pour être autorisée à venir en France, alors que le Code civil fait obligation aux époux de vivre ensemble, et qu'une directive européenne interdit aux pays de l'Union d'émettre des conditions au regroupement familial.

    Qu'en est-il des langues dites régionales ?
    P. Blanchet : une politique de dénigrement, voire d'interdiction et de sanction, a été menée - elle a d'ailleurs été très efficace, pour faire croire aux différents locuteurs que leur langue maternelle était inférieure au français académique et que son usage leur interdirait l'accès à toute promotion sociale.

    De quand date la mise en place de ces politiques ?
    P. Blanchet : elles ont pris naissance pendant la Révolution française, et plus particulièrement en 1793, sous le Régime de la Terreur, qui était, je le rappelle, une dictature. On a alors remplacé la croyance en un roi divin par la croyance en l'unicité d'une langue qui allait unifier un territoire. Mais ce projet a surtout été réalisé au début du XXe siècle à partir de l'école obligatoire et de la première guerre mondiale.

    De quelle langue s'agit-il au juste ?
    P. Blanchet : une langue issue du latin, une langue d'oil comme le champenois, le picard ou le normand, d'abord écrite puis parlée par les élites, le clergé, les bourgeois... Pour faire en sorte que les justiciables comprennent les discours juridiques, le Roi François 1er en avait fait une langue de la justice à côté des autres langues de France. C'est la fameuse ordonnance signée à Villers-Cotterêts en 1539 et si mal comprise aujourd'hui. Puis au XVIIe siècle, l'Académie française a été créée par le roi. Elle a été chargée de standardiser le français, avec une volonté explicite d'en faire une langue difficile, à laquelle le peuple n'aurait pas un plein accès. Sans parler de l'orthographe, qui relève parfois de l'absurdité.

    Adaptez-vous le contenu de vos conférences à la réalité du territoire où vous intervenez ?
    P. Blanchet : oui j'adapte toujours mes conférences au public. Si j'ai des élus, je porterai mon intervention sur les aspects juridiques et institutionnels pour informer les élus des droits linguistiques. Très peu le sont.
    Plus généralement, mon propos concerne tout le monde, car nous reproduisons toutes formes de discriminations, allant de la moquerie à l'agacement ou au rejet lorsque quelqu'un s'exprime dans une langue que l'on ne comprend pas.

    Philippe Blanchet, auteur de Discriminations : combattre la glottophobie et professeur à l'Université de Rennes 2, interviendra également à Hendaye le 16 novembre, à Ustaritz le 17 et à Saint-Jean-Pied-de-Port le 18, en amont de la Journée Internationale de l’Euskara du 3 décembre suivant.

    Philippe Blanchet est professeur de sociolinguistique et didactique de la communication plurilingue et interculturelle
    © Ville de Bayonne

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