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    Carnaval, pour rejouer des rites ancestraux

    Bayonne fête les carnavals basques le 5 mars
    © Ville de Bayonne

    Le 5 mars, Bayonne fête les carnavals basques. Rencontre avec Thierry Truffaut, ethnologue, spécialiste de ce thème.

    Le 12 février, vous avez donné une conférence intitulée 800 ans de traditions carnavalesques à Bayonne. Quels sont les signes d'une tradition aussi ancienne ?
    T. Truffaut : Bayonne est une ancienne ville dont le premier bourg, romain, date du 1er siècle. Les romains avaient déjà des pratiques calendaires, qui rythmaient le temps. Janus, qui a donné janvier, était un dieu à deux visages, l'un jeune, l'autre vieux. C'est le premier masque à deux têtes connu. Or, les traditions carnavalesques, qui ponctuent la période hivernale, ont toutes ce sens de passage vers le printemps ; l'espoir d'un renouveau. Ensuite, nous avons des traces de ces fêtes par le biais des interdictions et procès érigés par les gens d'église. La première interdiction du masque connue date de 1315. Le mot carnaval, qui vient de carne, la viande, qu'il fallait manger pour être fort, est apparu au XIIe siècle.

    Pourtant, les dates de Carnaval sont maintenant calés sur les fêtes chrétiennes et sur la période de Carême...
    T. Truffaut : cela est venu dans un second temps. L'église cherchait à se raccrocher à des rites existants. Au départ, ces rites ont été mis en place pour lutter contre l'hiver, le froid, la maladie, la mort... L'Homme voyait les jours diminuer, la grisaille s'installer, les plantes et les animaux disparaître. Sans savoir s'ils reviendraient. Cette période commence en novembre et se termine fin mars ou mi-avril.

    Pourquoi l'ours est-il aussi central dans ces traditions festives ?
    T. Truffaut : l'ours est un animal fabuleux, porteur d'espoir et de renouveau. C'est le premier ressuscité ! Il disparaît et réapparaît quand la nature se réveille. Il est vénéré d'une manière divine, car il est doué de forces que l'Homme n'avait pas. Symbole de vie, il est sensé féconder les femmes. Dans les villages basques, il passait de maison en maison pour se frotter à elles...

    Le carnaval se résume-t-il à un combat pour la vie ?
    T. Truffaut : c'est au départ un combat entre deux forces calendaires, liées aux solstices, que l'on rejoue en un combat symbolique entre les noirs et les blancs, ou les noirs et les rouges dans la mascarade souletine. Les blancs doivent l'emporter. Mais l'histoire commence avec le déploiement des bêtes sauvages. Puis les blancs arrivent derrière avec leurs danses mélodieuses, leurs costumes apprêtés, comme ceux des kaskarots.

    Qui sont d'ailleurs plutôt des hommes...
    T. Truffaut : oui. Les kaskarots étaient des jeunes hommes célibataires qui tournaient de maison en maison pour amener la vie. Ils portaient sur eux les bijoux de leur mère, cousus à leurs vêtements. C'était une fierté pour la mère de montrer son fils. Je me souviens du témoignage d'un vieux monsieur qui, durant sa jeunesse, se tenait au garde à vous pendant 20 minutes tous les matins du carnaval, le temps que sa mère recouse les bijoux sur ses vêtements propres !

    Les femmes ne participaient-elles pas au défilé ?
    T. Truffaut : les femmes étaient plutôt protégées du déploiement de forces contraires. Elles étaient les potentielles porteuses de semences... Elles ne sortaient donc pas. Les hommes à marier venaient à elles et les couples se formaient à ce moment-là. De nombreux mariages étaient célébrés durant cette période.

    Les costumes reprennent donc l'opposition entre ces deux forces contraires ?
    T. Truffaut : oui, pour donner une idée de déguisement, on peut dire que l'on a d'un côté des costumes hideux, repoussants ou farfelus comme celui des zirtzils, de tartaro ou de Basajauna, ou encore les animaux sauvages, et de l'autre des costumes de couleurs, avec des rubans, des fleurs, comme les kaskarots, ou les danseuses qui les accompagnent dorénavant. Les animaux domestiques font aussi partie des forces positives.

    Voir le programme

    Les Kaskarots sont aujourd'hui accompagnés de danseuses
    © Institut culturel basque
    Portrait de Janus, dieu romain à deux têtes
    © DR

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